Prosopagnosie : Comment gérer la perte de mémoire des visages au travail et avec ses proches ?
La perte de mémoire ou
l'incapacité à reconnaître les visages s'appelle la prosopagnosie (du
grec prosopon qui signifie "visage" et agnosia qui
signifie "ignorance").
Ce trouble
neurologique fait que la personne voit parfaitement les détails du visage (les
yeux, le nez, la bouche), mais son cerveau ne parvient pas à les assembler pour
identifier à qui il appartient. Ce n'est ni un manque d'attention, ni un
problème de vue, ni de la mauvaise volonté.
Pour éviter les
quiproquos (passer pour quelqu'un d'impoli, d'indifférent ou de hautain), voici
comment gérer cette situation au quotidien avec votre entourage.
Gestion de la prosopagnosie
1. Avec l'entourage proche, les camarades et les collègues
L'arme secrète ici est
la transparence. Expliquer le trouble désamorce instantanément la
vexation.
- Faire son "coming-out"
neurologique : Expliquez
simplement la situation avant que le malaise ne s'installe.
"Je préfère te
prévenir, je souffre de prosopagnosie. Mon cerveau a énormément de mal à
imprimer et reconnaître les visages. Si je te croise sans te saluer, ce n'est
pas du snobisme, c'est que je ne te remets pas !"
- Demander une consigne simple : Demandez-leur de s'annoncer
systématiquement lorsqu'ils vous abordent, surtout hors contexte (par
exemple, si un collègue vous croise à l'épicerie).
"Salut [Votre
Nom], c'est Julien de la comptabilité."
- S'appuyer sur des indices non faciaux : Développez consciemment l'habitude de
mémoriser les gens par d'autres traits : leur voix, leur démarche, leur
coupe ou couleur de cheveux, leurs lunettes, un style de vêtement
habituel, ou même leurs bijoux.
2. Avec l'employeur et le milieu professionnel
Au travail, la
prosopagnosie peut être stressante, notamment lors de réunions ou si vous gérez
des clients.
- Parler aux RH ou à votre gestionnaire : Vous n'êtes pas obligé de donner de
grands détails médicaux, mais expliquer votre "cécité des
visages" permet de demander des ajustements simples et légitimes.
- Exploiter les outils numériques :
- Utilisez l'organigramme de l'entreprise
avec photos pour vous faire des "fiches de révision".
- Sur les plateformes comme Teams, Slack ou
Zoom, demandez (ou instaurez la règle) à ce que tout le monde mette une
photo de profil claire et récente, plutôt qu'une initiale ou un avatar.
- Prendre des notes discrètes : Après une rencontre avec un client ou un
nouveau collègue, notez dans votre téléphone ou votre carnet son nom
associé à un détail frappant (ex. : "Marc - voix très grave, porte
toujours une montre connectée bleue").
- Avoir un "allié" au bureau : Si vous devez assister à un événement de
réseautage ou une grande réunion, demandez à un collègue de confiance de
vous souffler discrètement le nom des personnes qui s'approchent de vous.
3. Les astuces de secours en cas de doute
Si vous vous retrouvez
face à quelqu'un qui vous salue chaleureusement et que vous n'avez aucune idée
de qui il s'agit :
- Utilisez des formulations neutres : Lancez un "Ah, quel plaisir de te
voir !" ou "Comment ça va depuis la dernière fois ?"
au lieu de prononcer un prénom au hasard.
- Posez des questions contextuelles ouvertes
: "Sur quel
projet travailles-tu le plus ces jours-ci ?" ou "Qu'est-ce
qui t'amène dans le coin aujourd'hui ?". Les réponses vous
donneront rapidement les indices nécessaires pour identifier votre
interlocuteur.
4. Parlez à son médecin
La prosopagnosie n'est
pas considérée comme une maladie au sens strict (comme une infection ou une
grippe), mais plutôt comme un trouble neurologique ou une anomalie
cognitive.
Elle peut prendre deux
formes différentes :
- Congénitale (ou développementale) : La personne naît avec ce trouble. Le
cerveau s'est développé ainsi, sans qu'il n'y ait de lésion visible à
l'imagerie. C'est souvent héréditaire.
- Acquise : Elle survient plus tard au cours de la
vie à la suite d'un événement médical précis qui a endommagé la zone du
cerveau responsable de la reconnaissance des visages (l'aire fusiforme des
visages). Cela peut arriver après un accident vasculaire cérébral (AVC),
un traumatisme crânien, une infection (comme une encéphalite) ou dans le
cadre d'une maladie neurodégénérative.
Ce que le médecin peut faire
Malheureusement, à
l'heure actuelle, il n'existe aucun traitement médical, chirurgical ou
médicament capable de guérir la prosopagnosie ou de "réparer" la
reconnaissance des visages.
Cependant, consulter
un médecin (généraliste, puis un neurologue ou un neuropsychologue) reste très
important et utile pour plusieurs raisons :
Le médecin ou le
neuropsychologue va vous faire passer des tests visuels et cognitifs
spécifiques (comme le Cambridge Face Memory Test) pour mesurer le degré
de votre prosopagnosie. Mettre un mot officiel sur ce que vous vivez apporte un
grand soulagement psychologique et permet de prouver à votre entourage (ou à
votre employeur) que vos difficultés sont réelles et médicales.
2. Écarter ou
traiter une cause sous-jacente
Si votre perte de
mémoire des visages est apparue soudainement ou s'est aggravée récemment, le
neurologue demandera une imagerie cérébrale (comme une IRM). L'objectif est de
vérifier s'il y a une cause active (un AVC silencieux, une tumeur, une lésion)
qui nécessite une prise en charge médicale immédiate pour éviter que la
situation ne s'aggrave.
3. Proposer une
rééducation cognitive
Bien qu'on ne puisse
pas restaurer la fonction perdue, un neuropsychologue ou un orthophoniste
spécialisé peut vous aider à mettre en place des stratégies de compensation
ultra-efficaces. Au lieu d'essayer de forcer votre cerveau à reconnaître un
visage global, ils vous entraîneront à analyser méthodiquement d'autres indices
:
- La façon de marcher (la démarche).
- Les traits distinctifs permanents (la
forme des sourcils, la structure de la mâchoire, l'implantation des
cheveux).
- Le ton, le rythme et les expressions de la
voix.
Le rôle du médecin est
donc de valider votre situation, de s'assurer que votre cerveau est en
sécurité, et de vous donner les clés psychologiques et techniques pour mieux
vivre avec ce trouble au quotidien.
Commentaires
Publier un commentaire